V41-cour-nuit

Les ISAI (immeubles sans affectation individuelle ou immeubles sans affectation immédiate) peuvent aussi apparaitre sous le terme d'ICE (immeubles collectifs d'État). Contrairement à ce que pourraient laisser entendre ces acronymes, il ne s'agit en rien de logements sociaux type HLM ou autre essai d'immeuble collectif à la mode socialiste : les ISAI sont des copropriétés privées. 

La raison de cette appellation tient simplement au financement de leur construction. Les ISAI ont été conçus et construits par l'État, avant d'être remis aux propriétaires en échange de leurs dommages de guerre. C'est finalement un peu un programme immobilier sur plan dont le promoteur serait l'État.

Nous traitons ici des ISAI de la place de l'hôtel de ville du Havre. Mais dans cette même ville, il existe aussi les ISAI de Graville et ailleurs, encore d'autres ISAI comme à Amiens ou à Caen.

Localisation

Les ISAI bordent l’ensemble du sud de la place de l’hôtel de ville, à la jonction avec la rue de Paris qui les traverse perpendiculairement.

loc-isai-loin

Emplacement des ISAI sur une vue générale du centre-ville.

loc-isai-proche

Vue arérienne des quatre îlots appelés ISAI.

L’ensemble est constitué de quatre îlots numérotés d’ouest en est : V41, V40, V37 et V36 sur le plan de la reconstruction qui occupent une surface d’environ 15000 m2, voirie comprise. Ce quadrilatère est délimité au nord par la place de l’hôtel de ville, au sud par la rue Victor Hugo, à l’est et à l’ouest par les extensions des îlots V41 et V36.

En effet, ces îlots sont complétés de part et d'autre par des groupes d'immeubles d'extérieur très ressemblant (îlots V6 et V7, extensions des V36 et V41). Ce sont les programmes privés de construction (coopérative François 1er) qui ont profité des équipes d'architectes en place.

ilots-Isai

Les quatre groupes (numérotés d’ouest en est 2-1-3-4 sur le permis de construire) sont en tout point identiques deux à deux de part et d’autre de l’axe de symétrie que forme la rue de Paris. Ainsi les groupe 2 et 4 sont les mêmes mais inversés, de même que les groupe  1 et 3. Chaque îlot est séparé de l’autre par une rue d’axe nord-sud : la rue Robert de la Villehervé entre le V41 et le V40, la rue de Paris entre le V40 et le V37, la rue Edouard Larue entre le V37 et le V36. 

A l'exception des deux barres d'immeubles bordant la rue de Paris, toutes les entrées des logements se font par les cours intérieures. C'est une des grandes différences avec les autres îlots du Havre reconstruit, y compris les extensions des ISAI et les îlots V6 et V7. Les cours sont ainsi habitées et non simplement utilisées pour le service.

Dimensions et composition

Les immeubles sont les berceaux de la trame de 6,24 m qui rythme la reconstruction du Havre. On peut facilement mesurer leur gabarit en comptant ainsi le nombre de modules :

-          Groupes 2 et 4 : 10x9 modules

-          Groupes 1 et 3 : 8x9 modules

Chaque îlot est composé de quatre bâtiments s’organisant autour d’une cour centrale. Les bâtiments, qui ont tous une épaisseur de deux modules, peuvent avoir trois hauteurs différentes : une tour de 10 étages sur entresol, une barre de 3 étages sur entresol ou une simple barre composée d’un rez-de chaussée avec entresol. L’organisation des bâtiments bas diffère selon les groupes 1 et 2 (et donc 3 et 4) mais les tours sont toutes placées parallèlement, façade la plus étroite orientée au nord.

PC-groupe1

Le groupe 1 (îlot V40), le même en symétrie que le groupe 3 (îlot V37).

PC-groupe2

Le groupe 2 (îlot V41), le même en symétrie que le groupe 4 (îlot V36).

 

Historique (extrait de la fiche Docomomo)

commande : Le principe des ISAI a été mis en place en 1944. Avec les ISAI, pré-financés entièrement par l'État (à valoir sur les dommages de guerre futurs), l'administration française a construit pour la première fois des immeubles de logements. Décidée le 8 septembre 1945, la construction des ISAI du Havre a été confiée à Auguste Perret en février 1946. En mars, il nommait ses architectes en chef adjoints qui, dès avril, projetaient un grand nombre d'études préliminaires. En tout, ce sont quatorze architectes de l'Atelier de Reconstruction de la Ville du Havre (architectes parisiens) qui ont été désignés par Perret pour cet ensemble confié en opérations distinctes par l'État. Véritable matrice, ce projet était fondamental pour la détermination du plan du centre à reconstruire du Havre. Le parti adopté pour la trame, les gabarits, les plans-masse a été étendu au reste de la ville. En août 1947, les premiers murs des ISAI sont sortis de terre. En juin 1948, une nouvelle demande de permis de construire a été déposée pour quatre groupes d'immeubles. Le V37 fut le premier îlot achevé avec 90 logements. Au final, la densité était de 900 habitants à l'hectare. 

La réalisation des ISAI a été entièrement pré-financée par l'État, sans participation financière ou pratique des sinistrés, celle des extensions latérales des ISAI par une association syndicale de reconstruction (les propriétaires) sous forme de dommages de guerre. Ces extensions ont été entreprises par l'Atelier de Reconstruction et des architectes havrais.
devis estimatif : 600 millions de francs

Architecte : L'Atelier de Reconstruction du Havre dirigé par Auguste Perret. 

Autres architectes et intervenants :
Architectes chefs de groupe : José Imbert, André Hermant, Guy Lagneau, Pierre-Edouard Lambert, André Le Donné, Jacques Poirrier. 
Architectes d'opération : Paul Branche, Paul Dubouillon, Pierre Feuillebois, Arthur Héaume, M. Kaeppelin, M. Lotte, Alexandre Persitz, Henri Tougard, Jacques Tournant. 

Contractants: 
Gros œuvre : Thireau-Morel ; Société des Grands Travaux en béton armé ; Renouf, Camus &Cie.

Durée du chantier : début : 31 mars 1946 première pierre ; avril 1947 battage des pieux de fondation ; V41 commencé en mars 1949 fin : 8 février 1950 achèvement gros œuvre du V41.

Inauguration : 15 octobre 1950 remise des clefs au propriétaire du premier appartement livré (V37)

Description (extrait de la fiche Docomomo)

On retrouve à travers tout le centre reconstruit du Havre le principe d'immeubles hauts rythmant le paysage urbain, et rompant la monotonie des bâtiments de hauteur constante. Pour la place de l'Hôtel de Ville la nécessité de bâtir un cadre ordonné et varié a conduit au choix d'une alternance de volumes bas et de volumes hauts, implantés en fonction de l'orientation et de l'esthétique générale du site. Au-dessus du rez-de-chaussée de 4,90 mètres de haut, le gabarit général adopté pour la ville permettait la construction de trois étages maximum. Mais en raison de l'importance de la population à reloger et pour obtenir un maximum d'aération et d'ensoleillement (André Hermant, qui lance ses recherches sur l'ensoleillement des appartements dès février 1946, invente un instrument capable de calculer sur une maquette le niveau d'ensoleillement), les architectes ont introduit des immeubles plus haut. 

ensoleillement-hermant

Étude d'ensoleillement par André Hermant (original aux archives municipales, fonds Hermant - apport personnel).

L'ensemble des ISAI se présente donc ainsi : derrière une rangée d'immeubles de trois étages auxquels ils sont reliés par des portiques , six bâtiments [quatre seulement si on ne compte pas les extensions des îlots V6 et V7, ndlrde dix étages se succèdent en rythme régulier, parallèlement à l'axe central de la rue de Paris et symétriquement. Seule la partie supérieure de ces derniers apparaît depuis la place de l'Hôtel de Ville. L'intérieur des îlots forme des cours largement ouvertes, ensoleillées et protégées des vents [Les îlots V36 et V41 disposent de plus d’un parking souterrain (rampes d’accès rue Victor Hugo), ndlr].

Les différents architectes convoqués pour ce chantier considérable ont fait œuvre collective en exprimant le parti élaboré par l'Atelier de Reconstruction qui prône l'application stricte du langage technique et architectural défini par Auguste Perret. Les lignes de l'ossature acquièrent une importance nouvelle dans la définition de l'ordonnancement. Elles font l'objet d'une étude de composition calculée et raffinée et concourent à caractériser un espace urbain réglé par un ordre perspectif de type classique. L'ossature laissée apparente de ces immeubles est en béton avivé par bouchardage. Les portiques, ainsi construits sur une trame uniforme de carrés, sont remplis par une ossature secondaire de cadres de baies, allant de plancher à plafond et normalisés suivant un type unique. Pour les parties de béton armé restant apparentes, le coffrage est exécuté exclusivement en bois, corroyé et très soigné. Entre les poteaux et les cadres de baies, les trumeaux sont constitués par des plaques préfabriquées en béton avec agglomérats de couleur naturelle, dont la dimension varie pour composer un motif mais n'excède pas 70 centimètres. Les immeubles bas comportent des balcons au premier et dernier étages tandis que les immeubles hauts sont ceinturés de balcons au quatrième et au septième [Balcon au premier étage des immeubles-tours également, ndlr]. Des colonnes galbées en béton armé scandent le rez-de-chaussée. Les parements apparents à l'intérieur sont bouchardés et layés avec arêtes ciselées.
La couverture des immeubles est en terrasse car selon les propres mots de Perret, « une terrasse protège de la pluie aussi bien qu'un toit » et « un étage terminal carré est moins cher qu'un toit ». 

Concernant les appartements, la réduction de la surface bâtie pour un même foyer est compensée par une meilleure utilisation. La salle de séjour ou « vivoir » comporte parfois une cheminée et un coin-repas séparé de la cuisine par une simple cloison-paravent. Les chambres à coucher sont étroites. Le dégagement est pourvu d'un débarras. Une attention particulière est portée à l'équipement et à l'organisation rationnelle des différentes distributions d'énergie. Les appartements sont livrés sans peinture intérieure mais avec toutes les installations sanitaires. La cuisine, appelée aussi « grill-room », est un modèle réalisé en série et utilisé dans de nombreux immeubles d'État (cuisines Cépac). Les éléments, préfabriqués et assemblés, sont en tôle d'acier recouverts d'une peinture cuite au four et insonorisés. Elle est également équipée d'une table-timbre en grès porcelaine à deux bacs et d'un vide-ordures. 
Dans les immeubles-tours des ascenseurs ont été prévus. Au sous-sol on trouve des garages (auxquels on accède par une rampe), des buanderies et autant de caves que d'appartements, et au niveau du rez-de-chaussée, un garage à bicyclettes et voitures d'enfants près de chaque escalier, la chaufferie, deux locaux de service et la loge du concierge.
Les boutiques sont livrées non aménagées avec une grande hauteur sous-plafond permettant de construire un entresol.
 
En quoi les ISAI sont-ils des immeubles exceptionnels ? (extrait de la fiche Docomomo)
 
1. appréciation technique :
« Normalisation, d'abord », est le mot d'ordre de Perret. La construction des ISAI a servi de champ d'expérimentation pour le reste du chantier du Havre. C'est leur étude qui a déterminé les dimensions de la trame générale à adopter pour la reconstruction du centre. L'épaisseur des immeubles fut fixée entre 12 et 13 mètres afin de réduire les longueurs de façade qui coûtent toujours cher. Cette profondeur correspond à deux travées de 6 mètres à 6,50 mètres, portée très acceptable pour le béton armé. Finalement Perret choisit 6,24 mètres, nombre divisible par deux et par trois et dont les multiples et sous-multiples correspondaient aux dimensions des surfaces de pièces imposées par le MRU. 
Ainsi, les immeubles bas des ISAI comportent trois travées de largeur sur deux de profondeur. Chaque travée est formée de 12 modules de 0,52 mètre (un carré de 6,24 mètres de côté) et les nervures sont espacées de la largeur d'un module. Ce chantier a permis de déterminer également les normes propres à l'industrialisation du bâtiment par la préfabrication des éléments de construction et de l'aménagement intérieur. Ces expériences étaient valables pour servir d'exemple à des constructions de moindre importance car la reconstruction de cette partie de la ville s'est faite sur la même trame. Grâce à cette standardisation, l'outillage réalisé pour les ISAI a été utilisé pour les autres constructions édifiées suivant les mêmes méthodes. 
Les fondations en béton armé ont été exécutées soit par pieux, soit par semelles, soit par radier général. L'ossature générale en béton armé pervibré (ciment de Portland artificiel, sable de rivière, gravillon) est composée de poteaux et de poutres puis d'un remplissage de triple épaisseur de parpaings de mâchefer ou de débris de briques et par un carreau de plâtre avec interposition de deux lames d'air. Les planchers (dalle et nervures) ont été effectués avec des coffrages métalliques. 
Les cadres des baies sont en béton moulé à l'avance bruts de décoffrage. Pour les 3500 fenêtres toutes identiques, les éléments de construction prêts au montage ont été fabriqués par des machines. 
Les appartements sont semi-standardisés. Les résultats de la préfabrication se sont révélés positifs pour les plafonds, les cloisonnements, et les parquets mais négatifs pour les plâtres. En dépit de toutes les recherches, la préfabrication est dans ce cas impossible : le travail du plâtrier doit toujours être effectué sur place. 
Une isolation phonique relative des planchers est procurée par une couche de sable épandue sur la dalle de béton et par un parquet dont les lambourdes reposent sur une couche de bitume ; les cloisons et les huisseries sont désolidarisées de la dalle. Les fenêtres sont à double vitrage. 
Les terrasses sont calorifugées par deux épaisseurs de briques creuses et sont rendues étanches par de l'asphalte étendu sur papier Kraft et chape de béton maigre. Le chauffage est à air pulsé par battements alimentés en vapeur basse pression, humidifié et filtré ; deux chaufferies à huile lourde distribuent chaleur et eau chaude dans les appartements et dans les magasins et locaux commerciaux des rez-de-chaussée et entresols. 
Notons enfin qu'à l'époque de la mise en œuvre des ISAI, les matériaux étaient si rares que le chantier a été en rupture de livraison d'acier et de ciment.
 
2. appréciation sociale :
En général, la reconstruction en coopérative s'est faite grâce au remembrement préalable de propriétaires sinistrés qui groupaient leurs dommages et savaient ce qu'ils obtiendraient en échange. Pour les ISAI, sans sinistrés comme ayant droit direct, l'opération s'est inversée : c'est l'État qui prenait l'initiative de reconstruire avec ses crédits puis qui proposait aux propriétaires sinistrés dont les immeubles étaient édifiés à l'emplacement des îlots de leur céder boutiques et appartements en échange de leurs dommages de guerre. L' indemnisation était fondée sur une réparation intégrale sur la base de la valeur 1939 de l'immeuble, majorée suivant un coefficient variable suivant l'époque de l'indemnisation effective, après un abattement pour vétusté qui pouvait atteindre 20%. Cette diminution de la réparation pour vétusté a augmenté la nécessité de reconstruire économiquement et de manière collective. 
La distribution de l'habitation se fait en fonction des nécessités nouvelles de la vie familiale. L'idée directrice qui a présidé l'étude des plans des ISAI était de concevoir un appartement pratique pour les tâches ménagères. « En élaborant les plans de ces habitations, expliquait Auguste Perret, nous nous sommes efforcés de faciliter l'accomplissement des travaux domestiques. Nous nous sommes efforcés de faire que la mère de famille en accomplissant ses travaux domestiques, ne soit pas séparée de ses enfants, de son mari, qu'elle ne soit plus une esclave. » A Christian Mégret, qui publie en 1949 une enquête sur la reconstruction à Marseille et au Havre, Perret déclare : « Il faut partir de ceci : qu'il n'y a plus de domestiques. Et donc que la femme ne doit plus être reléguée dans son trou, que les travaux ne doivent pas l'empêcher de participer à la vie de famille. De là la conception des logis que je bâtis au Havre, qui est caractérisée par ce que j'appelle le ‘séjour', c'est-à-dire une grande pièce commune où tient toute la vie familiale, et qui comprend la cuisine. » 
Des prescriptions administratives imposaient d'ailleurs à la reconstruction immobilière plus de confort et une habitabilité moderne (rationalité de l'équipement).
L'expérience des ISAI résidait également dans l'observation des réactions des habitants à l'égard des dispositions et de l'équipement des logements. Les premiers ISAI ont été rejetés par nombre de Havrais : on reprochait aux appartements d'être exigus, et à l'esthétique de Perret tantôt d'être sinistre et archaïque, tantôt d'être inspirée des tours américaines (conseil municipal mars 1950). Mais il faut prendre en compte le fait que la population sinistrée se retrouvait pour la première fois regroupée dans des immeubles collectifs. Cependant, les nouvelles installations sanitaires étaient un véritable luxe comparé à l'état des appartements anciens du reste de la France, et les Havrais l'ont pleinement réalisé.
 
3. appréciation artistique et esthétique:
Sur le plan architectural, la légèreté et la force des immeubles du Havre découlent de la volonté de Perret de ne pas dissimuler l'ossature de ses bâtiments, s'inscrivant ainsi dans la lignée des architectes de l'antiquité. Les différents architectes de l'Atelier utilisaient d'un commun accord les principes du Classicisme Structurel définis par leur maître. 
Concernant les matériaux, celui-ci justifiait ainsi son choix : « j'emploie au Havre, comme toujours, le béton bouchardé, qui est plus beau, plus durable et aussi plus noble que la pierre. » La tonalité des dalles de parement des façades varie suivant l'emplacement et les agrégats de leur composition, subtilement choisis pour procurer un effet pastel (sable, pierre à concasser, ciment). Cette variation crée un motif discret qui casse la monotonie des façades. Dans le devis descriptif adressé aux entrepreneurs, la composition pour obtenir une dalle de coloris rose est précisée. 
On a beaucoup reproché à Perret ses fenêtres tout en hauteur qui pourtant rendent tous les appartements très lumineux et sont le fruit d'une réflexion quasi-philosophique : « La verrière, c'est fait pour un atelier, pour des machines-outils. Pour l'homme, il faut des fenêtres verticales, qui sont le vrai cadre humain. L'horizontale exprime le repos, la mort ; la verticale est la station de vie. » 
Pour les intérieurs des ISAI, Auguste Perret a proposé André Beaudoin, maître ébéniste-ensemblier havrais : « La décoration a été créée sur un thème moderne convenant au genre d'architecture. J'ai composé donc l'ensemble de l'appartement dans une note gaie, élevée en classe, certes, mais restant néanmoins dans une fabrication pouvant rester en série. » Ses meubles clairs, aux lignes souples, en chêne cérusé ou en sycomore sont d'une simplicité assez classique pour s'adapter à l'architecture.
 
4. arguments sur le statut canonique (local, national, international) :
Lors de l'essentielle Exposition de l'Urbanisme et de l'Habitation de 1947 à Paris, l'Atelier de Reconstruction a dévoilé les maquettes aux dimensions réelles d'appartements des ISAI d'une et de quatre pièces. Leur mise en œuvre était considérée alors, sur le plan local aussi bien que national, comme un événement fondateur de la Reconstruction à grande échelle.
 
5. évaluation du bâtiment en tant qu’édifice de référence dans l’histoire de l’architecture, en relation avec des édifices comparables:
Après des négociations avec les sinistrés, les ISAI du Havre, comme ceux de Maubeuge par André Lurçat , ont permis de remodeler radicalement l'espace urbain. Sans aller jusqu'à la municipalisation du sol, la construction de ces immeubles a donné un caractère relatif à la propriété foncière individuelle. À Maubeuge, on retrouve la recherche de standards et l'utilisation de la préfabrication. 
Lurçat a aussi élevé des ISAI à Saint-Denis, la « Cité Langevin ». Pour les ISAI de Sotteville-lès-Rouen, Marcel Lods a appliqué les thèses modernes de la Charte d'Athènes : espaces verts, pilotis, immeubles en hauteur, toits-terrasses, circulation séparées des véhicules et des piétons, ensoleillement maximum, orientation optimale, galeries réservées aux canalisations. Des ISAI ont également été construits dans les banlieues havraises de Graville par Lerambert, Aplemont et Caucriauville (qui articulent des tours et des barres). 
La place de la Gare d'Amiens (place Alphonse Fiquet, 1948-1956), conçue par Perret, est également entourée d'immeubles à trois étages, ponctuée par une tour financée sur des crédits spéciaux du MRU. 
Au Havre, l'Atelier de Reconstruction a réinterprété le type traditionnel de l'îlot à cour en articulant des volumes construits sur différentes hauteurs, la tour et la barre, typologies apparues dans l'entre-deux-guerres. Le système des ISAI du Havre pourrait être rapproché de celui de la Cité de la Muette, à Drancy, construite par Eugène Beaudouin et Marcel Lods entre 1931 et 1934 et qui fonctionne avec l'alternance de barres et de tours disposées en peigne.