Havre_afficheHier soir, au cinéma Le Sirius (art et essai), Françoise Poulin-Jacob a présenté devant une salle comble son moyen-métrage documentaire  Je vous écris du Havre, touné au printemps dernier après deux années de préparation.

Véritable ode à la cité,  Je vous écris du Havre met en synergie les souvenirs d'enfance d'une petite fille ayant découvert la ville reconstruite dans les années 60 avec le centre inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco aujourd'hui. 

Rythmé en quatre parties, le formalisme et la rigueur de la musique de l'art de la fugue de Bach répond au classicisme structurel d'Auguste Perret tantôt avec jubilation (dans sa version chantée par les Swingle Singers), tantôt avec gravité (par le quatuor Julliard), tantôt avec magnificience lorsque le même contrepoint est joué sur le grand orgue de l'Eglise Saint-Joseph. 

Cartes postales et films d'hier, images d'aujourd'hui se côtoient et s'enchevêtrent dans un dialogue perpétuel entre la ville neuve du passé et la modernité enfin reconnue de la ville d'aujourd'hui. On se promène de la Porte Océane au bassin du Commerce, de l'hôtel de ville au quai de Southampton. On flâne avenue Foch, rue de Paris où l'on croise même Aki Kaurismäki en plein tournage de son dernier film nommé...  Le Havre. On se prend à faire du lèche-vitrine dans les innombrables commerces, sans plus savoir quels sont ceux d'hier ou de maintenant. Au milieu de tous, les ISAI deviennent bien évidemment le centre de gravité de cette pérégrination temporelle.

Montage serré fait de travellings (en voiture dans la ville, ou plus abstraits à partir des balcons ou du regard d'un piéton imaginaire) et de plans fixes : chaque image magnifie le béton de la ville. Mais au-delà de la plastique, Françoise Poulin-Jacob arrive à nous livrer l'âme humaine de ce matériau et sait ainsi nous toucher en plein coeur.

Un échange entre la salle et la réalisatrice a clôt la séance : c'était bien la cinquième partie de ce film émouvant. Entendre des Havrais, témoins de cette reconstruction a l'époque tant décriée, défendre l'oeuvre visionnaire de Perret et dire "madame, vous nous avez montré notre ville sous l'angle de la beauté, je vais maintenant pouvoir l'apprécier" n'avait pas de prix.

Le DVD (Lardux-films) est en vente dès aujourd'hui à la librairie  La Galerne.

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